RESSOURCES POUR LA PRÉVENTION DES RISQUES SUICIDAIRES
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Dominique Godineau : S’abréger les jours. Le suicide en France au XVIIIe siècle (Armand Colin) / Revue Genesis N° 34 Dossier Brouillons des Lumières (PUPS)

La période choisie est décisive, d’abord parce que le suicide change de statut juridique, passant de l’incrimination à la dépénalisation, parce qu’il s’agit d’une époque d’évolution rapide des mentalités et l’enquête de Dominique Godineau se présente aussi comme une histoire culturelle et politique des sensibilités, mais également parce que les contemporains ont eu le sentiment, à tort ou à raison, que l’époque connaissait une recrudescence de l’homicide de soi-même, en particulier sous la Révolution, et enfin parce que le mot suicide, importé d’Angleterre, un pays réputé terre d’élection de la mort volontaire, fait son entrée dans le vocabulaire français à cette époque. Le néologisme, forgé à partir du latin au XVIIe siècle, assemble sui, de soi et caedes, devenu cide, meurtre, le suffixe qu’on retrouve dans homicide, parricide ou régicide.

Montesquieu, comme Voltaire ou Beccaria, l’auteur du célèbre traité Des délits et des peines, s’inquiétaient de la férocité de la loi concernant les suicidés. « On les fait mourir, pour ainsi dire, une deuxième fois » écrit Usbek, le protagoniste des Lettres persanes et Voltaire s’engagea à deux reprises dans des affaires où le suicide était l’élément déclencheur : comme il n’avait pas déclaré celui de son fils pour éviter la honte du procès, Calas, accusé de l’avoir tué était mort sur la roue et Sirven avait également été poursuivi pour le meurtre de sa fille qui s’était jetée dans un puits. Sous l’Ancien Régime, le suicide fait partie des crimes, comme celui de lèse-majesté divine ou humaine, où la mort du prévenu ne suffit pas à éteindre les poursuites et où l’on peut faire un procès au cadavre, lequel est même écroué le temps de la procédure au grand dam des autres prisonniers incommodés par les pestilences de la putréfaction, et représenté au tribunal par un « curateur ». La peine, à la fois physique, symbolique et pécuniaire consiste pour le corps à être traîné sur une claie la tête en bas, au niveau du caniveau puis pendu par les pieds et ainsi exposé 24 heures, sa mémoire effacée et ses biens confisqués, même si des aménagements ont progressivement permis à la famille, femme et enfants, d’en conserver une partie. Il était fait obligation à quiconque découvrait un cadavre d’en aviser les autorités, et même aux proches. C’est pourquoi les parents, ainsi que le curateur désigné, avaient tout intérêt à plaider la folie, l’accident ou l’homicide maquillé en suicide quand c’était possible.

Le procès fait à un mort et instruit, selon l’expression consacrée, « en la forme ordinaire », prenait vite l’apparence du « non sense » et de l’absurde. Au cours de la confrontation le juge, comme il se doit, demandait aux témoins s’ils reconnaissaient l’accusé dans la personne du curateur qu’ils voyaient pour la première fois. Lorsque le cadavre était présenté aux témoins après la confrontation, ceux-ci ne savaient plus très bien s’ils devaient reconnaître l’accusé ou sa victime. Parfois le curateur devait se rendre en prison à l’énoncé de la sentence pour que celle-ci soit lue dans les règles. Et lorsqu’un procureur faisant preuve d’humanité dans le cas, par exemple, d’un jeune valet de ferme retrouvé pendu à une branche de chêne, orphelin tranquille et aux dires des témoins assez triste et regrettant la maison familiale, s’il voulait l’absoudre au bénéfice d’un doute improbable – a-t-il été étranglé avant d’être pendu – il ne pouvait en aucun cas évoquer la tristesse du jeune homme car elle était considérée comme un élément à charge.

Heureusement, la majorité des suicides ne donnait pas lieu à un procès. Comment établir en l’absence de témoins qu’une noyade est un suicide ? La position sociale constituait également une puissante protection. Aristocrates et membres du clergé pouvaient facilement s’y soustraire. Le tout venant des morts volontaires était en majorité des domestiques, la moitié au chômage ayant perdu leur identité sociale. Beaucoup de militaires, aussi et l’éventail complet des activités sociales. Un cas emblématique de ce siècle dit « des Lumières », par l’écho qu’il a eu même à l’étranger concerne le suicide « philosophique » de deux jeunes et beaux dragons le jour de Noël 1773, qui se brûlent la cervelle après avoir ripaillé de saucisses, boudin et pâté arrosés de trois bouteilles de champagne en bavardant avec la patronne et plaisantant avec la servante. Dans le « testament philosophique » qu’ils signent conjointement ils disent leur dégoût « de la scène universelle » en invitant les hommes à se défaire de leurs préjugés, notamment ceux qui concernent la mort, assurant « qu’il est aussi aisé de renoncer à l’existence que de quitter un habit dont la couleur nous déplaît ». L’affaire fera grand bruit, les Anti-Lumières s’en emparent pour dénoncer les ravages de la moderne philosophie et les deux militaires finiront au poteau d’infamie à l’issue de l’un des derniers procès du genre.

L’acte puissamment symbolique dénote une évolution des mentalités soutenue en effet par les philosophes. Dans son Système de la nature, d’Holbach défend le droit au suicide et David Hume publie son Essai sur le suicide, très vite traduit en français, même s’il réfute le précédent, la dispute étant en bonne logique la meilleure manière d’exposer les arguments de l’adversaire. Rousseau et Sade y mettront du leur et dans un autre registre, tournant le regard vers le romantisme naissant, Goethe donne à lire le roman de la mort volontaire avec Les souffrances du jeune Werther, disponible dans notre langue dès 1776. L’esprit de la Révolution complètera l’édifice, en associant l’amour de la liberté à la mort reçue ou choisie dans le combat sans merci contre la tyrannie. L’auteur ne dit pas si, de la prise de la Bastille à Thermidor en passant par la Terreur, le nombre des suicides, réputé à la hauteur de la succession rapide des événements, a toisé celui des charrettes.

Jacques Munier

http://prevention.suicide.free.fr/wp-content/uploads/Godineau_S_abreger%20les%20jours.mp3

Instructions – Suicides par suspension on strangulation (21 mars 1877)

pendaison1897Monsieur le Préfet,

bien que des tentatives de suicide dans les maisons d’arrêt de Justice et de correction, grâce à la vigilance des gardiens, ne se produisent pas fréquemment, il m’a paru utile de mettre les agents de ces établissements en position de donner des soins immédiats aux détenus qui ont essayé d’attenter à leurs jours par suspension ou strangulation.
A cet effet, j’ai chargé MM. les Inspecteurs généraux du service sanitaire attachés à mon ministère, de rédiger une instruction spéciale, a la portée des agents de garde et de surveillance des établissements pénitentiaires. Cette instruction contient, dans une forme sommaire, l’indication des principaux moyens a employer, en attendant l’arrivée des médecins, pour essayer de rappeler à la vie les individus qui auraient mis à exécution leurs projets de suicide. J’ai l’honneur de vous en adresser des exemplaires et je vous recommande de veiller a ce que les prescriptions consignées dans cette note soient scrupuleusement observées. J’en fais transmettre au directeur des prisons de votre département un nombre suffisant pour que chaque gardien puisse en avoir un exemplaire entre les mains.
Recevez, Monsieur le Préfet, l’assurance de ma considération très distinguée,
Le Président du Conseil, Ministre de l’Intérieur,
Signé : Jules Simon.

21 mars 1877. – Instruction sur les moyens à employer pour essayer de rappeler à la vie, en attendant l’arrivée du médecin, un homme pendu ou ayant tenté de s’étrangler.

Les moyens suivants doivent être employés dans l’ordre où ils sont indiqués.
  1.  Couper la corde
  2.  Desserrer rapidement le lien
  3.  S’il n’y est, porter le malade à l’air
  4.  Le placer la tête haute
  5.  Frictionner fortement la poitrine
  6.  Faire avec la main, alternativement, sur la poitrine et sur le ventre, de légères pressions, pour établir un mouvement analogue à celui qui se produit par la respiration,
  7.  Chercher à provoquer le vomissement, en introduisant un doigt au fond de la bouche
  8.  Appliquer la bouche sur celle du malade entreouverte et respirer fort, pour introduire de l’air dans sa poitrine
  9.  Si l’on a à sa portée un fer rouge, un charbon allumé, ou même de l’eau bouillante, brûler ou échauder rapidement quelques points peu étendus sur la poitrine.

Tous ces moyens doivent être successivement tentés, sans se décourager, jusqu’à l’arrivée du médecin.

FRANCE CULTURE (2012): Emission « Concordance des temps »: Se donner la mort : le suicide au XVIIIe siècle

lucrèceVoici que ressurgit au devant de l’actualité l’émotion qui a entouré la vague de suicides survenus parmi les employés de France Télécom en 2008 et 2009. Didier Lombard, président à l’époque, avait été poussé au départ sous le reproche que sa manière brutale de gérer son entreprise aurait été indirectement responsable. Et on apprend que Monsieur Lombard vient cette semaine d’être mis en examen pour harcèlement moral. Le délai a été long depuis 2009. Mais on peut comprendre l’embarras des juges, tant apparaissent toujours complexes les motivations qui poussent les humains à se donner la mort ; complexe, le dénombrement précis des suicides ; complexe, leur relation avec un certain état de la société alentour et avec les turbulences politiques ; complexes, les effets éventuels d’entraînement provoqués par la publicité plus ou moins grande donnée à ces drames individuels ; complexes enfin, les débats récurrents sur les conséquences juridiques et judiciaires qu’il est légitime d’en tirer. La plupart de ces interrogations, le XVIIIe siècle les a connues et quelle que soit la différence des sensibilités entre cette époque et la nôtre, on est intéressé à ce rapprochement. Nous allons faire fond sur le livre que vient de publierDominique Godineau, professeur d’histoire moderne à l’université Rennes 2, sur la mort volontaire en ces temps anciens. Depuis les travaux d’Emile Durkheim et son livre fameux de 1897 sur le suicide, nous savons que celui-ci n’est pas seulement un drame individuel, c’est aussi un fait social et autrefois comme de nos jours une société peut et doit s’observer à la lumière – notamment – des comportements marginaux. Jean-Noël Jeanneney


http://preventionsuicide.host22.com/wp-content/uploads/Se_donner_la_mort_le_suicide_au_XV.mp3

http://www.franceculture.fr/

Emile DURKHEIM (1897) Le suicide,  Étude de sociologie 

Une édition électronique diffusée par la bibliothèque numérique (Classiques des sciences sociales) de l’université du Quebec à Chicoutimi réalisée à partir du livre d’Émile Durkheim (1897), Le suicide. Étude de sociologie. Paris: Les Presses universitaires de France, 2e édition, 1967, 462 pages. Collection: Bibliothèque de philosophie contemporaine.

Ainsi, une monographie du suicide a une portée qui dépasse l’ordre particulier de faits qu’elle vise spécialement. Les questions qu’elle soulève sont solidaires des plus graves problèmes pratiques qui se posent à l’heure présente. Les progrès anormaux du suicide et le malaise général dont sont atteintes les sociétés contemporaines dérivent des mêmes causes. Ce que prouve ce nombre exceptionnellement élevé de morts volontaires, c’est l’état de perturbation profonde dont souffrent les sociétés civilisées et il en atteste la gravité. On peut même dire qu’il en donne la mesure. Quand ces souffrances s’expriment par la bouche d’un théoricien, on peut croire qu’elles sont exagérées et infidèlement traduites. Mais ici, dans la statistique des suicides, elles viennent comme s’enregistrer d’elles-mêmes, sans laisser de place à l’appréciation personnelle. On ne peut donc enrayer ce courant de tristesse collective qu’en atténuant, tout au moins, la maladie collective dont il est la résultante et le signe. Nous  avons montré que, pour atteindre ce but, il n’était nécessaire ni de restaurer artificiellement des formes sociales surannées et auxquelles on ne pourrait communiquer qu’une apparence de vie, ni d’inventer de toutes pièces des formes entièrement neuves et sans analogies dans l’histoire. Ce qu’il faut, c’est rechercher dans le passé les germes de vie nouvelle qu’il contenait et en presser le développement.

Le livre I en format PDF

Le livre II en format PDF

Le livre III en format PDF

Laurent Mucchielli et Marc Renneville (1998) “Les causes du suicide : pathologie individuelle ou sociale ? Durkheim, Halbwachs et les psychiatres de leur temps (1830-1930)”.

Un article publié dans la revue Déviance et société, no 1, 1998, pp. 3-36.

Résumé:
Cet article interroge le rapport individu/société ainsi que le modèle de causalité psychique conçus par Durkheim dans le Suicide, et les met en perspective historique au regard d’une part de l’état des interprétations l’ayant précédé, d’autre part de la relecture critique opérée par Halbwachs en 1930. Nous revenons d’abord en détail sur la façon dont Durkheim écarte les thèses psychiatriques qui, selon lui, expliquent un fait social par des pathologies individuelles. Nous montrons ensuite que la construction durkheimienne implique le rejet de l’analyse des motifs individuels pour les remplacer par une autre interprétation psychologique fondée sur l’existence de mécanismes inconscients socialement déterminés. Au passage, nous soulignons que cette construction théorique rencontre quelques difficultés dans la confrontation avec les données empiriques de l’époque, et qu’elle amène en définitive à s’interroger sur le bien fondé de la typologie durkheimienne des suicides. Enfin, nous examinons la façon dont, plus de trente ans après, Halbwachs parvient largement à résoudre ces difficultés en abandonnant les postulats théoriques que Durkheim avait placés au coeur de l’analyse sociologique.
Mots-clés : Suicide – Théorie sociologique – Histoire de la psychiatrie – Histoire de la sociologie – Epistémologie

causes_du_suicide.pdf

MÉDECINS DES PRISONS : 1ERE PARTIE

Médicale – 17/03/1976 – 55min54s

Emission consacrée aux problèmes particuliers de la médecine pénitentiaire dus au genre de malades traites selon les conditions de détention. Plusieurs médecins (généraliste, psychologue, psychiatre, chirurgien) s’entretiennent avec divers patients des prisons de fresnes, fleury-merogis, la santé, a la fois sur les soins à pratiquer et l’état psychologique du malade. Interview du docteur petit (chirurgien à fresnes) : chirurgie banale et chirurgie particulière à la prison (absorption de corps étrangers), il parle de l’importance du statut des médecins vis-a-vis des prisonniers (médecin ne faisant pas partie de l’administration pemitentiaire). Dialogue entre monsieur GORSKI, prévenu ayant avale des corps étrangers, et le docteur petit. interview du docteur PROUST (psychologue à L’Hôpital de fresnes) montrant des radiographies avec fourchette, couteau pliant et vis dans le tube digestif ; le prévenu explique le motif de cet acte : évocation par le docteur PROUST du problème du suicide en prison et des difficultés de surveillance. Int. Docteur LAZARUS (psychiatre à Fleury Mérogis) :explication des réactions des prisonniers a leur arrivée en prison (choc psychologique, réaction contre la solitude, simulation vraie et sursimulation), il évoque le problème de la surconsommation médicale et de la sexualité, de la sortie des détenus (INT. d’un détenu inquiet pour sa sortie, son besoin d’aide). Interview du docteur HINTERMAYER (généraliste à la santé) : rôle du médecin de prison, problème de l’oisiveté des détenus. Int. Plusieurs exposent le motif de leur détention, réflexions sur le système pénitentiaire, de la prison de fleury-merogis (solitude néfaste). [vue générale] gardiens dans les couloirs la prison de fresnes,[vue générale] intérieur prison de fleury-merogis.

 MÉDECINS DES PRISONS : 2EME PARTIE

24/03/1976 – 01h11min42s

Le deuxième volet de ce reportage s’arrête aux aspects psychologiques et psychiatriques de la médecine carcérale il tente de souligner les relations entre le médecin et les détenus, et le choc psychologique que crée l’entrée en prison. Interview de détenus, dont Jacques GERMAIN faisant la grevé de la faim. Entretien avec M. BONALDI (responsable syndical FO des surveillants de l’administration penitenciaire), le docteur IVERT (psychiatre a la prison de la santé), le docteur LAZARUS (psychiatre a L’Hôpital de la prison de Fleury Mérogis). [différents plans] : couloir et cour de prison

CODE DES PRISONS – SECOND EMPIRE (1866)  la circulaire du 12 avril 1866 du ministre la Valette, sur la prévention du suicide en prison

« Quand le dégoût de l’existence, la crainte du châtiment ou quelque crise morale viennent altérer ou dominer en lui les instincts conservateurs de la vie, il est bon qu’il trouve dans de frequents entretiens avec des personnes placées près de lui par la vigilance de la loi, la force de se soustraire à de coupables tentations… »

Erwann Bleu (2008) Introduction au « suicide », Travail d’étude et de recherche Seconde année de Master SHS Mention Philosophie

Le Phédon

Pourtant, si les philosophes ont effectivement profondément étudié l’affirmation de Socrate selon laquelle “ceux qui s’occupent vraiment de philosophie […] n’emploient toute leur vie  qu’à faire l’apprentissage de la mort”, ils ont en revanche, exceptés l’antiquité grecque (abritant, d’après Minois, une “pluralité d’opinions” à propos du “suicide” que Grisé explore plus à fond) ou le stoïcisme romain, relativement escamoté la réflexion autour du thème du prétendu “meurtre de soi-même” – il n’est qu’à voir les scandales qu’ont pu provoquer les oeuvres, rares et ponctuelles, de David Hume (Essai sur le suicide, dont on trouvera une analyse en annexe puisque ce texte offre un résumé et une réfutation des arguments hostiles au “suicide”) ou de John Donne (Biathanatos, dans lequel l’auteur s’acharne, de manière retorse, à démontrer que le “suicide” n’est pas un péché même dans une optique chrétienne), ou encore, tout simplement, de s’apercevoir du peu d’ouvrages philosophiques entièrement consacrés à cette question (à titre d’exemples rapides, citons, outre les deux précédents, le célèbre Mythe de Sisyphe d’Albert Camus – encore qu’il ne soit pas certain que le “suicide” en constitue le thème principal comparé à l’absurde –, ou bien les livres de Cioran ; ces deux derniers auteurs pouvant d’ailleurs être considérés, à tort ou à raison, plus comme des “écrivains” que comme des “philosophes” à part entière).

A dire vrai, Camus est l’un des rares à penser que “le seul problème philosophique vraiment sérieux” est “le suicide”. Sans doute se place-t-il volontairement dans une problématique extrême – bien que son raisonnement se révèle, au final, consensuel – mais, sans aller jusqu’à l’approuver, nous pouvons effectivement nous étonner de ce qu’un acte niant, a priori, tout discours et toute réflexion extérieure, dans le sens où il les renvoit à leur insuffisance, à leur impuissance, et, par conséquent, à leur prétention, n’ait pas plus retenu l’attention des philosophes ; précisons que par “retenir l’attention”, nous n’entendons pas l’apposition d’un jugement moral – futil travesti dans différents registres de langage – sur la légitimité ou l’illégitimité (cette dernière étant ailleurs sur-représentée) d’un tel acte, mais bien une problématisation du “suicide” en tant que tel : c’est-à-dire une réflexion permettant d’offrir une diversité de pistes d’appréhension sur ce dernier, pistes étant d’une part à la hauteur des interrogations premièrement dégagées et évitant,
d’autre part, le retour conclusif décevant aux préjugés dominants, préjugés consistant à vouloir imposer à tout prix un jugement de valeur, d’approbation ou de désapprobation, sur le “suicide” – trop souvent au détriment de la beauté et de la force des réflexions antérieures

http://johannfr.free.fr/Suicide.pdf